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PER : Plan d'Épargne Retraite, Encore Intéressant Après 60 Ans ?
Le PER pour les seniors. Avantages fiscaux, sortie en capital, rente, intérêt après 60 ans.
Le PER après 60 ans : un placement toujours pertinent pour les seniors ?
Beaucoup de retraités ou de personnes approchant la retraite pensent que le Plan d’Épargne Retraite (PER) n’est plus d’actualité une fois le cap des 60 ans passé. Cette idée reçue mérite d’être sérieusement examinée. En réalité, le PER peut rester un outil de gestion patrimoniale particulièrement efficace, à condition de bien comprendre ses mécanismes et ses spécificités pour les seniors. Fiscalité avantageuse, sortie en capital ou en rente, transmission facilitée : voici ce que tout senior devrait savoir sur ce dispositif.
Ce qu’est réellement le PER : rappel des fondamentaux
Le Plan d’Épargne Retraite a été créé par la loi PACTE de 2019 pour remplacer les anciens dispositifs comme le PERP, le contrat Madelin ou le PERCO. Il existe sous trois formes : le PER individuel (PERIN), le PER collectif d’entreprise (PERCOL) et le PER obligatoire (PERO). Pour les seniors de plus de 60 ans qui souhaitent encore épargner ou optimiser leur patrimoine, c’est principalement le PER individuel qui entre en jeu.
Le principe de base est simple : vous versez des sommes sur ce plan, vous bénéficiez d’une déduction fiscale sur vos versements (dans certaines limites), et vous récupérez votre épargne à la retraite, soit sous forme de rente viagère, soit sous forme de sortie en capital, soit en combinant les deux.
Les plafonds de déduction fiscale en 2025
Pour l’année fiscale 2025, le plafond de déduction des versements sur un PER individuel est fixé à 10 % des revenus professionnels nets de l’année précédente, avec un maximum de 35 194 euros (soit 10 % de 8 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale). Pour un senior qui perçoit encore des revenus d’activité — consultant indépendant, activité à temps partiel, profession libérale — ces plafonds représentent une opportunité fiscale réelle.
Si vous n’avez pas utilisé tout votre plafond les années précédentes, vous pouvez reporter les reliquats non utilisés sur les trois années suivantes. Ce mécanisme de report est souvent méconnu mais peut s’avérer très puissant pour une personne de 60-65 ans encore en activité.
Pourquoi alimenter un PER après 60 ans peut avoir du sens
L’avantage fiscal reste pleinement valable
Un senior de 62 ans qui exerce encore une activité professionnelle peut continuer à alimenter son PER et à déduire ses versements de son revenu imposable. Prenons un exemple concret :
Monsieur Dupont, 63 ans, consultant indépendant, déclare 55 000 euros de revenus nets en 2024. Son plafond de déduction pour 2025 est donc de 5 500 euros (10 % de 55 000 €). S’il verse 5 500 euros sur son PER, et qu’il est dans la tranche marginale d’imposition à 30 %, il économise 1 650 euros d’impôt. Si sa tranche est à 41 %, l’économie monte à 2 255 euros.
Cette logique fonctionne même pour les retraités qui perçoivent des revenus complémentaires : une pension de retraite est considérée comme un revenu professionnel pour le calcul du plafond PER, ce qui ouvre la porte aux versements déductibles même après la liquidation des droits à la retraite.
La stratégie du “dernier versement” avant la retraite
L’une des stratégies les plus efficaces consiste à effectuer un versement conséquent sur son PER dans les mois précédant le départ à la retraite. Si vous êtes dans une tranche marginale élevée pendant votre vie active (41 % ou 45 %) et que vous anticipez une baisse de vos revenus à la retraite (passage à la tranche à 30 % ou moins), l’arbitrage est particulièrement favorable :
- Versement avant la retraite : déduction à 41 %
- Retrait après la retraite : imposition à 30 %
Le gain net est réel et documenté. Des exemples chiffrés sont disponibles auprès du site officiel service-public.fr ou d’organismes comme Meilleurtaux ou Linxea, qui proposent des simulateurs dédiés.
Sortie en capital ou en rente après 60 ans : comment choisir ?
C’est l’une des questions les plus importantes pour un senior qui détient un PER. Depuis la loi PACTE, la sortie en capital est possible à 100 %, ce qui représente une flexibilité majeure par rapport aux anciens PERP qui imposaient une rente dans la plupart des cas.
La sortie en capital : liberté et fiscalité à maîtriser
Lorsque vous choisissez une sortie en capital, la fiscalité applicable est la suivante :
- La part correspondant aux versements déduits est imposée à l’impôt sur le revenu (barème progressif), sans prélèvements sociaux.
- La part correspondant aux plus-values est soumise au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % (12,8 % d’impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux).
Exemple : Madame Martin, 67 ans, a versé 40 000 euros sur son PER (déductibles fiscalement) et son contrat vaut aujourd’hui 55 000 euros. Les 40 000 euros de versements sont taxés à son taux marginal (supposons 30 %), soit 12 000 euros d’impôt. Les 15 000 euros de plus-values sont taxés à 30 %, soit 4 500 euros. Total de la fiscalité : 16 500 euros, pour un retrait net de 38 500 euros. L’opération reste néanmoins largement bénéficiaire car elle a bénéficié des déductions à l’entrée.
Il est possible d’opter pour des retraits fractionnés sur plusieurs années afin de lisser la fiscalité et éviter un saut de tranche trop brutal. C’est souvent la stratégie recommandée par les conseillers en gestion de patrimoine (CGP).
La rente viagère : sécurité mais irréversibilité
La rente viagère garantit un revenu régulier jusqu’au décès. Elle est particulièrement adaptée aux personnes sans autre revenu stable ou qui craignent de mal gérer un capital important. La rente est imposée selon le régime des pensions de retraite, après un abattement de 10 %.
Le principal inconvénient est son caractère irréversible : une fois opté pour la rente, il est impossible de revenir en arrière. De plus, en cas de décès précoce, le capital non consommé est généralement perdu (sauf option rente avec réversion ou annuités garanties).
Pour un senior de 65 ans en bonne santé avec un PER de 80 000 euros, la rente viagère calculée par un assureur comme Generali, Aviva ou Swisslife oscillera généralement entre 300 et 400 euros par mois, selon les tables de mortalité et les options choisies. C’est un revenu garanti, mais modeste au regard du capital engagé.
L’option mixte : le meilleur des deux mondes ?
Depuis 2019, il est tout à fait possible de combiner les deux modes de sortie : récupérer une partie du capital en une ou plusieurs fois, et convertir le solde en rente. Cette souplesse permet d’adapter la sortie du PER à sa situation personnelle réelle, à ses besoins de liquidités et à sa situation fiscale.
Le PER et la transmission patrimoniale : un atout souvent négligé
L’un des avantages les plus méconnus du PER pour les seniors concerne la transmission en cas de décès avant le dénouement du contrat.
Si le titulaire décède avant d’avoir liquidé son PER, les sommes présentes sur le plan sont transmises aux bénéficiaires désignés dans des conditions proches de celles de l’assurance-vie :
- Décès avant 70 ans : les capitaux transmis bénéficient d’un abattement de 152 500 euros par bénéficiaire (identique à l’assurance-vie).
- Décès après 70 ans : les versements effectués après 70 ans sont soumis aux droits de succession après un abattement global de 30 500 euros.
Ce régime fiscal avantageux en fait un outil de transmission intéressant pour les seniors qui souhaitent optimiser leur succession tout en bénéficiant de la déduction à l’entrée. À noter que cette dimension successorale doit être appréciée en coordination avec d’autres outils comme l’assurance-vie, le démembrement de propriété ou la donation.
Les situations où le PER perd de son intérêt après 60 ans
Honnêteté oblige, le PER n’est pas toujours la solution idéale. Plusieurs situations rendent ce placement moins pertinent :
Tranche marginale d’imposition basse ou nulle : si vous n’êtes pas ou peu imposé, l’avantage fiscal à l’entrée est inexistant ou très limité. Dans ce cas, l’assurance-vie reste souvent plus flexible et plus avantageuse.
Besoin de liquidités à court terme : le PER est un placement bloqué jusqu’à la retraite (sauf cas de déblocage anticipé : invalidité, décès du conjoint, surendettement, achat de la résidence principale, liquidation judiciaire). Si vous prévoyez d’avoir besoin de vos fonds rapidement, orientez-vous vers des placements plus liquides.
Horizon de placement trop court : ouvrir un PER à 68 ans avec une espérance de vie de 15 ans et un faible capital à placer n’est pas nécessairement optimal. Le rapport avantage fiscal / frais de gestion / durée de placement doit être soigneusement étudié.
Frais élevés : certains contrats PER pratiquent des frais d’entrée (jusqu’à 5 %), des frais de gestion annuels (0,5 % à 1,5 %) et des frais d’arbitrage. Un comparatif s’impose. Des contrats en ligne comme ceux proposés par Linxea Spirit PER, Placement-direct ou Lucya Cardif (BNP Paribas Cardif) affichent des frais nettement plus compétitifs que les contrats bancaires traditionnels.
Comparer le PER avec l’assurance-vie après 60 ans
La comparaison entre PER et assurance-vie est incontournable pour un senior. Voici les points de différenciation clés :
| Critère | PER | Assurance-vie |
|---|---|---|
| Déduction fiscale à l’entrée | Oui (si versements déduits) | Non |
| Disponibilité des fonds | Limitée (retraite) | Totale |
| Fiscalité des retraits | IR + PFU selon cas | Abattement 4 600 / 9 200 € après 8 ans |
| Transmission avant 70 ans | 152 500 € par bénéficiaire | 152 500 € par bénéficiaire |
Pour un senior de 60 à 65 ans encore fortement imposé et avec un horizon de placement de 5 à 10 ans minimum, le PER peut surpasser l’assurance-vie en termes d’efficacité fiscale globale. Au-delà de 70 ans, l’assurance-vie reprend généralement l’avantage sur le plan successoral.
Ce que disent les experts et les chiffres du marché
Selon les données publiées par la FFA (Fédération Française de l’Assurance) en 2024, le PER individuel comptait plus de 4,5 millions de titulaires en France, avec un encours total dépassant 80 milliards d’euros. La croissance du nombre d’adhérents seniors (55-70 ans) est particulièrement notable, témoignant d’une prise de conscience croissante de l’intérêt de ce produit même en fin de carrière.
L’AMF (Autorité des Marchés Financiers) rappelle régulièrement l’importance de bien comprendre les frais et les modes de gestion avant toute souscription. Elle met à disposition des outils pédagogiques sur son site amf-france.org pour aider les épargnants à comparer les offres.
Conseil actionnable pour passer à l’étape suivante
Si vous avez entre 60 et 70 ans, que vous percevez encore des revenus imposables (activité partielle, revenus fonciers qualifiés, pension imposable) et que vous n’avez jamais ouvert de PER ou n’avez pas épuisé vos plafonds de déduction, voici ce que vous devriez faire concrètement dans les prochaines semaines :
Consultez votre avis d’imposition 2024 : la case 6PS ou 6QS indique le plafond d’épargne retraite disponible, y compris les reports des trois années précédentes. Si ce montant est significatif, calculez le gain fiscal potentiel d’un versement avant le 31 décembre 2025. Si vous êtes dans la tranche à 30 % ou plus, et que vous partez à la retraite dans les 3 à 5 prochaines années, un versement ciblé sur un PER à frais réduits peut vous faire économiser plusieurs milliers d’euros d’impôt de manière parfaitement légale. Prenez rendez-vous avec un conseiller en gestion de patrimoine (CGP) indépendant — consultez l’annuaire de la CNCGP (Chambre Nationale des Conseillers en Gestion de Patrimoine) sur cncgp.fr — pour une analyse personnalisée de votre situation avant de signer quoi que ce soit.