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Assurance Emprunteur Après 60 Ans : Solutions et Tarifs
Trouver une assurance emprunteur en tant que senior. Convention AERAS, surprime, alternatives.
Pourquoi l’assurance emprunteur devient un enjeu majeur après 60 ans
Contracter un prêt immobilier ou un crédit à la consommation après 60 ans est tout à fait possible en 2025, mais une réalité s’impose rapidement : le coût de l’assurance emprunteur peut représenter une part considérable — voire disproportionnée — du coût total du crédit. Là où un emprunteur de 35 ans paiera 0,10 % à 0,20 % du capital assuré, un senior de 65 ans peut se voir proposer des taux de 0,50 % à plus de 1,50 %, voire faire face à des refus purs et simples selon son état de santé.
Cette réalité n’est pas une fatalité. Le marché de l’assurance emprunteur senior a considérablement évolué, porté par des réformes législatives majeures et par l’émergence d’acteurs spécialisés. Comprendre les mécanismes, les alternatives et les droits dont vous disposez permet de faire des économies significatives et d’accéder au financement dont vous avez besoin.
Le questionnaire de santé : premier obstacle pour les emprunteurs seniors
Ce que les assureurs examinent vraiment
Toute demande d’assurance emprunteur déclenche une évaluation du risque médical. Avant 60 ans, cette évaluation reste souvent sommaire. Au-delà de cet âge, les assureurs scrutent davantage :
- Les antécédents cardiovasculaires (infarctus, AVC, hypertension traitée)
- Le diabète de type 1 ou 2
- Les cancers en cours de traitement ou récents
- Les pathologies ostéo-articulaires pouvant entraîner une invalidité
- L’obésité associée à d’autres facteurs de risque
À partir d’un certain seuil de risque, l’assureur peut répondre par trois mesures : l’acceptation avec surprime, l’exclusion de garantie sur certaines pathologies, ou le refus pur et simple. Ces décisions doivent impérativement être motivées par écrit depuis la loi Lemoine de 2022.
Le droit à l’oubli et son extension récente
La loi Lemoine a introduit une avancée majeure pour les anciens malades du cancer et de l’hépatite C : le droit à l’oubli a été ramené de 10 à 5 ans après la fin du protocole thérapeutique (sans rechute). Concrètement, si vous avez été traité pour un cancer il y a plus de 5 ans et que vous êtes en rémission, vous n’êtes plus tenu de le déclarer dans votre questionnaire de santé pour des prêts dont la durée n’excède pas 15 ans, à condition que le capital assuré soit inférieur à 420 000 €.
Cette avancée concerne directement de nombreux seniors de 60 à 70 ans qui avaient subi une maladie grave à la cinquantaine.
La convention AERAS : votre filet de sécurité légal
Comment fonctionne AERAS en 2025
La convention AERAS (s’Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé) constitue le dispositif de référence pour les emprunteurs présentant des risques de santé élevés. Elle impose aux assureurs et aux banques signataires — soit l’immense majorité des acteurs du marché — d’examiner toute demande de crédit selon un processus en trois niveaux successifs :
- Niveau 1 : examen standard selon les critères classiques
- Niveau 2 : examen par un service médical spécialisé de l’assureur
- Niveau 3 : passage devant un pool de réassureurs mutualisés, qui acceptent des risques refusés en niveau 2
Ce troisième niveau est particulièrement important pour les seniors. Il garantit qu’aucun dossier ne soit définitivement rejeté sans avoir été examiné par des acteurs spécialisés dans la prise en charge des risques aggravés. La convention prévoit également un écrêtement des surprimes pour les emprunteurs aux revenus modestes : la surprime ne peut pas dépasser un certain plafond si elle rendrait le crédit financièrement inaccessible.
Les limites concrètes d’AERAS
AERAS ne garantit pas une assurance à taux standard. Elle garantit un examen, pas une acceptation à prix abordable. Un emprunteur de 68 ans diabétique avec antécédents cardiaques pourra légitimement voir sa prime tripler par rapport à un profil standard. La convention impose cependant la transparence : l’assureur doit indiquer précisément les motifs médicaux de la surprime ou du refus, ce qui permet d’activer d’autres leviers.
Les surprimes : comment les calculer et les négocier
Comprendre le mécanisme de la surprime
Une surprime est un coefficient multiplicateur appliqué au taux de base. Si le tarif standard pour un emprunteur de 62 ans est de 0,60 % du capital, une surprime de 50 % portera ce taux à 0,90 %. Sur un prêt de 150 000 € sur 15 ans, la différence est significative :
- Sans surprime à 0,60 % : environ 135 € par mois, soit 24 300 € sur la durée totale
- Avec surprime à 0,90 % : environ 202 € par mois, soit 36 360 € sur la durée totale
- Écart : plus de 12 000 € sur la durée du prêt
Ce calcul illustre pourquoi il est crucial de comparer les offres avec la même minutie qu’on comparerait les taux de crédit eux-mêmes.
Que peut-on négocier concrètement ?
Contrairement aux idées reçues, la surprime n’est pas toujours gravée dans le marbre. Plusieurs leviers permettent de l’atténuer :
- Limiter les garanties couvertes : opter pour une couverture décès seule, sans invalidité ni incapacité de travail, réduit mécaniquement la prime. Cette option est cohérente pour un retraité qui n’a plus de revenus professionnels à protéger.
- Réduire la durée du prêt : un prêt sur 10 ans présente un risque statistiquement moindre qu’un prêt sur 20 ans, ce que les assureurs valorisent.
- Jouer sur le capital assuré : vous pouvez ne pas assurer 100 % du capital mais seulement 70 % ou 80 %, en complétant par une caution ou un nantissement.
Les alternatives à l’assurance emprunteur classique
La délégation d’assurance : votre droit, votre levier principal
Depuis la loi Lagarde (2010), renforcée par la loi Hamon (2014) et la loi Lemoine (2022), vous avez le droit de choisir librement votre assureur emprunteur, indépendamment de la banque prêteuse. Ce mécanisme de délégation d’assurance est particulièrement intéressant pour les seniors, car les assureurs alternatifs pratiquent souvent des tarifications plus avantageuses que les contrats groupes bancaires.
Des acteurs comme Assurances Mutuelles de France, Cardif (filiale de BNP Paribas), Generali, SwissLife ou encore des plateformes comparatrices comme April Assurances ou Hyperassur proposent des contrats individuels pouvant être jusqu’à 30 % à 50 % moins chers que le contrat groupe de votre banque, même pour des profils seniors.
La banque ne peut pas refuser une délégation d’assurance si le contrat alternatif présente un niveau de garanties équivalent. En cas de refus abusif, vous pouvez saisir le médiateur bancaire ou l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR).
Le nantissement d’un contrat d’assurance vie
Pour des emprunteurs disposant d’une épargne constituée, le nantissement d’un contrat d’assurance vie représente une alternative crédible à l’assurance emprunteur classique. Le principe : vous mettez en garantie votre contrat d’assurance vie au profit de la banque. En cas de décès ou d’incapacité à rembourser, la banque se rembourse sur l’épargne nantie.
Cette solution présente plusieurs avantages :
- Elle évite tout questionnaire médical
- Elle peut être moins coûteuse si le contrat est bien valorisé
- Elle préserve les droits des bénéficiaires sur la part non nantie
Elle suppose toutefois de disposer d’une épargne suffisante — généralement au moins 80 % du capital emprunté — et d’accepter de bloquer cette épargne pendant la durée du prêt.
Les garanties hypothécaires et la caution
Dans certains cas, notamment pour les prêts viagers hypothécaires ou les crédits destinés aux seniors propriétaires, la garantie hypothécaire peut se substituer partiellement à l’assurance emprunteur. La banque prend une hypothèque sur le bien immobilier en garantie du remboursement. Le risque décès est alors couvert par la valeur du bien plutôt que par une prime d’assurance.
Cette logique est au cœur du fonctionnement du prêt viager, qui ne nécessite généralement pas d’assurance décès puisque le remboursement du capital est précisément prévu au décès de l’emprunteur ou à la vente du bien.
Tarifs et exemples concrets pour les 60-70 ans en 2025
Grille indicative des taux pratiqués
En 2025, pour un emprunteur sans antécédent médical notable, les taux d’assurance emprunteur suivent approximativement cette progression :
| Âge à la souscription | Taux moyen marché | Contrat groupe bancaire | Contrat délégation |
|---|---|---|---|
| 60 ans | 0,35 % à 0,55 % | 0,55 % à 0,80 % | 0,30 % à 0,50 % |
| 65 ans | 0,55 % à 0,85 % | 0,80 % à 1,20 % | 0,50 % à 0,75 % |
| 70 ans | 0,90 % à 1,50 % | 1,30 % à 2,00 % | 0,85 % à 1,30 % |
Ces taux s’appliquent au capital restant dû (taux sur CRD) ou au capital initial selon les contrats. La méthode de calcul sur CRD est généralement plus favorable sur la durée.
Exemple concret : Martine, 64 ans, diabétique de type 2
Martine souhaite contracter un prêt immobilier de 120 000 € sur 12 ans pour financer l’adaptation de son logement. Son diabète de type 2, traité depuis 8 ans, la classe en risque aggravé.
Scénario 1 — Contrat groupe bancaire : taux proposé de 1,40 % avec exclusion partielle sur l’invalidité liée au diabète. Coût mensuel : 140 €. Coût total sur 12 ans : 20 160 €.
Scénario 2 — Délégation via un assureur spécialisé : après examen médical complet via la convention AERAS, un assureur accepte à 0,95 % avec surprime de 30 % sur la garantie décès et exclusion de la garantie incapacité liée au diabète. Coût mensuel : 95 €. Coût total : 13 680 €.
Économie réalisée : 6 480 € sur la durée du prêt, simplement en utilisant la délégation d’assurance.
Exemple concret : Jean-Pierre, 68 ans, ancien fumeur, hypertendu
Jean-Pierre, propriétaire, cherche à refinancer une partie de ses crédits. Fumeur pendant 30 ans, traité pour hypertension, il essuie deux refus d’assureurs classiques. Son courtier active le niveau 3 de la convention AERAS.
Résultat : acceptation avec une surprime de 80 % sur la garantie décès, sans couverture invalidité (non pertinente car Jean-Pierre est déjà retraité). Le taux final est de 1,80 %. Sur un capital de 80 000 € sur 8 ans, le coût mensuel de l’assurance est de 120 €, soit 11 520 € sur la durée. Sans la convention AERAS, ce financement n’aurait tout simplement pas été possible.
Les démarches pratiques pour optimiser son assurance emprunteur senior
L’importance de passer par un courtier spécialisé
Un courtier spécialisé en financement senior n’est pas un intermédiaire de plus — c’est un accélérateur de résultats. Il connaît les assureurs les plus réceptifs aux profils médicaux complexes, il sait formuler les dossiers de manière à maximiser les chances d’acceptation, et il peut activer les mécanismes AERAS dans les délais. Des réseaux comme Empruntis, Meilleurtaux ou des courtiers indépendants spécialisés dans le crédit senior peuvent faire une différence substantielle.
La résiliation en cours de prêt : une opportunité souvent ignorée
Depuis la loi Lemoine de 2022, vous pouvez résilier votre contrat d’assurance emprunteur à tout moment, sans frais ni pénalités, pour le remplacer par un contrat plus avantageux. Cette possibilité est particulièrement précieuse si votre état de santé s’est amélioré (rémission d’un cancer, arrêt du tabac depuis plusieurs années) ou si un nouvel assureur propose des tarifs plus compétitifs.
Concrètement : si vous avez souscrit votre assurance il y a 3 ans avec une surprime liée à un cancer désormais en rémission depuis plus de 5 ans, le droit à l’oubli vous permet de solliciter un nouveau contrat sans déclarer cette pathologie. La résiliation du contrat actuel se fait par simple lettre recommandée avec un préavis réduit.
Agissez maintenant en demandant un devis auprès d’au moins trois assureurs distincts — dont au moins un spécialisé dans les risques aggravés — et comparez systématiquement le TAEA (Taux Annuel Effectif de l’Assurance), seul indicateur qui permet une comparaison fiable entre des contrats de structure différente.